Cormac McCarthy
Cormac McCarthy

Cormac McCarthy

     Né en juillet 1933, Cormac McCarthy est un écrivain américain, issu du Rhode Island, ayant fait ses débuts à l’université où il publie des histoires dans le « magazine littéraire étudiant1 ». Cet auteur, à qui la critique sourit, voit l’une de ses œuvres (De si jolis chevaux) « couronnée par le National Book Critics Circle Award et le National Book Award2 » en 1992, durant la même année que sa publication. De nos jours, il vit au Nouveau-Mexique en compagnie de sa troisième femme et leur fils3

Grâce à McCarthy, on sait, maintenant, que le pire n’est pas tant de succomber à l’Apocalypse que d’y survivre4 

Tous peuvent s’entendre pour dire que le monde actuel n’a rien d’utopique. Que ce soit la répartition des richesses, les inégalités raciales ou encore les failles dans nos différents systèmes sociaux, comme les hôpitaux et les établissements scolaires, nous ne pouvons pas mettre un terme, du jour au lendemain, à tous les fléaux de la vie. Pourtant, on peut convenir que notre monde pourrait être bien pire. Imaginez un monde où toute végétation a disparu et où toute surface est dorénavant couverte de cendre. Imaginez un monde où l’homme est tellement déshumanisé qu’il a recours au cannibalisme pour survivre. Imaginez un monde démuni de morale, de principes et de lois. Vous vous rendrez vite compte que notre monde n’est finalement pas si monstrueux.

Une œuvre combinant horreur et éthique

La route (2006), dixième et plus récent roman de Cormac McCarthy, met exactement en scène ce mode de vie primitif qui choque et fait réfléchir le lecteur. En effet, la question du bien et du mal est abordée tout au long du récit en se mêlant à l’univers de l’horreur. Notamment récompensé par le prix Pulitzer de littérature en 2007, ce roman postapocalyptique suit un père et son fils, surnommés « l’homme » et « le petit » dans l’œuvre, alors qu’ils luttent pour leur survie en longeant une route interminable qui va vers le sud. Les deux protagonistes se déplacent ainsi sur cette même route, durant l’entièreté de la fiction, en transportant un chariot d’épicerie contenant à peine quelques vivres et vêtements. Or, la raison pour laquelle la Terre est devenue aussi dystopique reste méconnue jusqu’à la fin5. Adapté au cinéma en 2009, La route reste, encore aujourd’hui, une œuvre incontournable de la période du 21e siècle.

La thématique de la survie est donc au cœur de cette œuvre américaine qui remet en cause l’humanité des hommes. C’est d’ailleurs un point qui sera abordé dans les prochaines lignes dans une perspective de doute, de raison et de sentiments.

Cannibalisme: légitime ou aberrant? 

Jusqu’où seriez-vous prêts à aller pour assurer votre survie ou encore celle de votre enfant? Sans généraliser, rares sont ceux qui ne seront pas prêts à tout. Cet « ahurissement moral » vient du fait que les sentiments sont à la base de toute action, ne donnant, de ce fait, aucune place à la rationalité. En fait, nous portons tous une « aversion naturelle6 » au concept de cannibalisme sans pouvoir nécessairement argumenter dans une perspective rationnelle. Il est, en effet, impossible de dire avec certitude que le cannibalisme est mal sans avoir vécu une expérience qui se rattache à ce concept. La survie est donc abordée dans une perspective plus sombre ici. Et si le cannibalisme était rendu le seul moyen de survivre? Dans La route, McCarthy expose cette thématique de manière brillante en semant le doute dans les pensées des lecteurs. Bien que les deux protagonistes se positionnent contre le fait de manger des humains, se considérant des « Gentils », l’auteur illustre le thème de la survie par le désespoir et la déshumanisation de ceux qui décident d’adhérer à ce mode de vie étant donné que la nourriture est quasi inexistante. Ces personnages sont décrits de manière vulgaire ou encore barbare dans le roman et il y a même une scène dans laquelle on observe très bien le comportement sauvage des hordes cannibales. Cela se passe alors que les protagonistes arrivent dans un sous-sol où ils aperçoivent des humains démembrés qui sont, en fait, en attente de se faire manger. Il faut quand même s’avouer, sans pour autant encourager ce type de comportement – je ne suis, malgré tout, pas démunie de raison comparativement aux individus vivant dans ce genre d’univers – que la question se pose tout de même… Dans un contexte où il n’y a plus aucun espoir pour le reste du monde, peut-on vraiment dire avec assurance que nous ne ferions pas de même? Ce questionnement demeure tout au long de l’œuvre et met en contradiction la survie et les idéaux moraux de la société.

Un amour d’un père envers son fils 

La route est un roman qui met également en lumière la thématique de la survie dans les différentes façons de penser qui opposent le père à son fils. Évidemment, « l’homme » a vu beaucoup plus de choses que le petit concernant le monde d’avant. Par exemple, il lui parle de ce qu’était une plage avant qu’elle ne devienne desséchée et grise. Sa tendance protectrice renvoie alors à ce qui a été dit plus tôt concernant « l’ahurissement moral7 » des humains. Lorsqu’on fait la lecture de l’œuvre, on pardonne donc rapidement le comportement excessif du père dans l’optique où il se donne comme seul et unique but de garantir la survie de son fils; il le fera d’ailleurs jusqu’à la fin, et ce, même si le petit remet en question son humanité à plusieurs reprises. On ressent donc de la sympathie à son égard. On pourrait même dire qu’il existe une certaine antithèse dans le développement des personnages. Le père observe le monde sous un regard très pessimiste alors que le garçon, dans sa naïveté d’enfant, le voit davantage sous un angle de découvertes.

Lorsque le seul enjeu est la survie et le besoin d’épargner au fils d’innommables sévices, au besoin en le supprimant, lorsque la rencontre de l’autre ne saurait se faire que sous le signe de l’arrêt de mort, il ne saurait être question de beaucoup décrire8

Comme mentionné plus haut, le roman évoque un paysage postapocalyptique déshumanisant. La manière de vivre du père relève donc d’une certaine normalité en tenant compte du contexte de l’œuvre. En d’autres mots, l’homme agit pour la survie de son fils. Ayant déjà perdu sa femme qui, dans un élan de folie, avait menacé d’amener leur fils avec elle dans la mort, il refuse de l’abandonner et ne cesse de comparer ce dernier à un ange. C’est d’ailleurs une caractéristique qui subsiste quand les deux protagonistes rencontrent différentes personnes en cours de route. La pureté reflétée chez le garçon met l’accent sur son manque d’expérience en ce qui concerne la survie; son père a toujours veillé sur lui, donc il n’a jamais appris à se débrouiller complètement seul.

Par exemple, le duo se retrouve, un jour, nez à nez avec un vieillard et, alors que le petit supplie son père pour qu’ils l’aident ou lui donnent à manger, le paternel est brusque et distant envers le vieil homme. Le même genre de comportement se reproduit lorsqu’il réussit à attraper un homme qui leur avait volé tous leurs vivres. Encore une fois, le père agit d’une façon discutable en lui faisant enlever ses vêtements pour l’humilier, sachant que l’homme est désormais condamné à mort. Cette attitude, bien que reprochée par le garçon, se manifeste, bien évidemment, en raison du fait qu’il veut garder ce dernier en vie.  La survie est donc représentée dans la vision du monde du père, car son amour paternel est si fort qu’il est prêt à tout pour que son enfant reste en vie même s’il a à se comporter d’une certaine manière pour y arriver. 

  1. « Biography », The Cormac McCarthy Society, 4 août 2013, https://www.cormacmccarthy.com/biography/ (Consulté le 9 mars 2022). 
  2. Cormac MCCARTHY. La route, Paris, Éditions de l’Olivier, 2008, 245p.
  3. « Cormac McCarthy », Babelio, [s.d.], https://www.babelio.com/auteur/Cormac-McCarthy/5610 (Consulté le 9 mars). 
  4. Bruno CORTY. « Les survivants de l’impossible », Le Figaro, 22 février 2008, https://www.lefigaro.fr/livres/2008/01/03/03005-20080103ARTFIG00410-les-survivants-de-l-impossible-.php (Consulté le 10 mars 2022).
  5. Gilles QUINSAT. « La Route (C. McCarthy) », Encyclopédie Universalis, [s.d.], https://universalis-lionelgroulx.proxy.collecto.ca/encyclopedie/la-route/ (Consulté le 10 mars 2022).
  6. Sara-Nadine LANOUETTE, « L’éthique des sentiments de David Hume », cours Éthique et politique, Collège Lionel-Groulx, session Hiver 2022.
  7. Ibid.
  8. G. QUINSAT. op.cit.